Un retour en Europe bien peu agréable
Des rebondissements qui mettent les nerfs à vif
Pas de photos ..
C'est le mot qui qualifie ce retour.
Inutile de vous dire quel fût le déchirement de quitter la compagnie Dancecologie et les petits de Kaohsiung …
Inutile de vous dire qu'une fois de plus, on a trouvé quelque chose à redire à mon passeport ...
Inutile, non plus de vous parler du choc thermique (de 25 degrés à 21h à 5 à 7h du mat') et du désespoir relatif à rappeler que je n'étais allé ni en Thailande, ni au Japon, ni à Hong Kong, ni même en Chine …
C'est la troisième fois que je vis ce retour et c'est de plus en plus difficile.
Il y a bien eu des choses agréables en rentrant comme retrouver des amis, reprendre les cours et répondre à certains appels de lieux où j'ai donné des stages l'an dernier et qui ont envie que je revienne.
Mais il y a eu aussi le retour à la vie de tous les jours : les impôts, pôle emploi, les autres demandes de subvention.
Remplir ces dossiers est toujours une épreuve pour moi.
Je le fais toujours avec dans un coin de ma tête l'idée que ça ne sert pas à grand chose et son idée corollaire à savoir pourquoi je n'ai pas droit au soutien des institutions.
C'est aussi l'occasion de faire des bilans : combien de dates faites dans l'année ? qui m'a soutenu ?
Je retourne au Pavillon Noir avec la boule au ventre.
Pour que vous compreniez mieux, je dois vous raconter la fin de la saison dernière.
Il y avait eu fin juin, après la rencontre avec David Lillkvist (cf. rendez-vous avec David Lillkvist), cette période où les filles étaient crevées.
L'une d'entre elles était tellement peu concentrée que pendant une répétition au Pavillon Noir, elle était plus intéressée par la réunion de Ferrari dehors (et dire que ça s'appelle une ... concentration) que par ce que nous tentions de construire.
J'avais en tête de finir le quatuor et d'attaquer le quintette, ça ne sera pas pour cette fin de mois ...
Heureusement, Nathalie Zoccola nous a annoncé que l'on pouvait avoir deux semaines au Pavillon Noir en juillet.
J'avais un congrès de quelques jours pour la Fédération Française de Danse, ça nous bouffait une fin de semaine mais il nous restait du temps.
Dans la première semaine, il y a eu ce 4 juillet.
C'était un jeudi.
Marie était disponible (si vous vous souvenez, elle ne travaillait pas le jeudi)
mais une danseuse avait trouvé du boulot ailleurs et vu ce que je leur donne, je ne peux pas lui reprocher d'avoir cherché ailleurs.
On serait quand même quatre.
Là, une autre danseuse se souvient qu'elle a un rendez vous en milieu d'après midi,
je décale la répétition le matin.
D'autant que ce jour-là, le tour de France passe .. à Aix, et qu'il vaut mieux arriver le plus tôt possible dans la ville.
Message de la même danseuse, elle n'est pas non plus libre le matin (enfin si, mais une heure ..).
On n'était plus que trois.
L'autre danseuse, qui arrive des Alpes, a peur de se retrouver bloquée à l'entrée de la ville à cause des cyclistes .. et elle a raison ...
Je lui dis de rester chez elle.
On n'est plus que deux : Marie et moi.
Pas évident de travailler le quintette ..
En tentant de rester positif, je pouvais me dire que Marie saurait toute sa partition.
Il ne restait plus qu'à imaginer que ça marcherait du premier coup la prochaine fois qu'on se verrait tous, en terme d'espace, de temps et d'énergie mais ça .. je ne le saurai que quand on sera cinq.
Difficile d'être optimiste, je pars à mon congrès à Lyon dépité.
La semaine suivante, on redouble de chance, une erreur de planning nous propulse sur la scène du Pavillon Noir.
J'imaginais que tout le monde réalisait la chance que l'on avait et que l'énergie, l'efficacité, l'envie seraient au rendez vous ?
Hélas ...
On perd beaucoup, beaucoup de temps à revoir des choses déjà vues en .. février, mars, avril ...
On finit la répèt avec un quintette inachevé et bancal dans lequel je n'ai pas encore pris ma place en tant que danseur.
J'aurais aimé envoyer ce quintette fini au compositeur qui travaille sur les images vidéo.
Tant pis, ce sera pour octobre.
Il va falloir qu'il travaille vite.
Pendant que j'étais à Taiwan, j'avais réservé des studios au Pavillon noir en septembre, mais les filles ne les avaient pas toujours utilisés ...
Je savais donc en revenant qu'il faudrait tout revoir, encore et encore …
Sisyphe toujours …
Reprendre, attendre, être très patient en espérant que tout aille mieux, au plus vite.
Je commence à ressentir quelque chose d'aussi positif que lorsque nous sommes partis à Lyon en résidence à Pôle Pik (cf. Pôle Pik, bilan d'une résidence) aux alentours de la Toussaint.
On ne finit le quintette que mi novembre, date où je peux envoyer une vidéo digne de ce nom.
Et là, la période des rebondissements commence ..
D'abord, dans notre malheur, on a de la chance.
À la Viste, rien ne va vraiment comme prévu.
Notre première est reportée au 20 décembre.
Cela laisse plus de temps à tout le monde, notamment au compositeur qui travaille sur les vidéos qui n'avait eu la vidéo du quintette que depuis peu.
Cela tombe particulièrement bien parce que les emplois du temps des filles et ceux des salles disponibles se télescopent.
On a donc plus de temps certes, mais on perd un allié de taille : Fred, le créateur lumière.
Il avait bloqué novembre pour nous mais il est pris tout le mois de décembre.
Il me promet de trouver quelqu'un et de participer à l'installation technique.
Fred est un mec bien, je lui fais confiance.
Là, nouveau rebondissement, Usthiax, le compositeur, que j'avais laissé en train de travailler sur la vidéo du duo, m'annonce qu'il n'avait pas compris qu'il y avait aussi un trio, et un quatuor et un quintette et qu'il y avait en tout trente minutes à composer.
Il n'est pas sûr d'avoir le temps de tout faire.
Doux euphémisme.
J'annule donc l'envoi des vidéos des dernières parties et je me mets en quête de nouveaux compositeurs.
J'ai le moral au plus bas et les yeux vers l'extrême orient ...
Et justement,
il me vient l'idée de demander à Jian-Ban, le compositeur de la pièce dans laquelle j'avais dansé à Taipei (cf. Dancecology),
Il est très content que j'ai pensé à lui mais il n'a pas assez de temps.
Je tente Shih-Li, qui avait bossé avec nous dans les projections et qui est aussi compositeur.
Lui non plus n'a pas le temps mais il me propose de travailler avec son collègue Jian-Ban.
À deux, ils arriveraient peut-être à faire les choses à temps.
On tente le coup :
la troisième composition musicale, celle qui est créée à partir des vidéos sera donc .. taïwanaise.
Wu Gang sera plus proche de nous que prévu, c'est peut-être mieux comme ça..
Mais là ...
Là ...
Une première réunion au Centre DelRio (à la Viste) me laisse un goût amer en bouche : des dates très approximatives griffonnées au crayon sur un agenda, rien de vraiment précis ...
Je demande au responsable (celui-là même qui m'a annoncé que le jumelage avec Taiwan ne se fera pas) de m'envoyer par mail les dates convenues,
elles n'arrivent jamais.
Finalement, une réunion technique est fixée.
Je demande à Fred de venir avec moi.
Là, on nous apprend que le jour de la générale, il y a un spectacle dans la salle,
et puis que l'avant-veille il y a le centre aéré, et puis les cours de danse ..
Et puis que le jour J, on n'a la salle qu'à 18h parce qu'il y a un repas de Noël (ou un goûter de Noël, enfin un truc de ce genre).
Fred me regarde, on décide de tout décaler d'un autre mois.
La première aura lieu, si tout va bien (on attend un accord écrit), le 25 janvier.
J'aurais pu partir dix jours à Taiwan, voir les petits danser,
j'aurais pu mettre moins de pression sur les compositeurs,
j'aurais pu ...
Enfin bon,
décembre commence et je ne suis pas au top de ma forme physique et morale.
J'ai songé à tout arrêter bien souvent mais il y a l'équipe derrière moi, les mots de Sophie, d'Elise, le regard de Marie, David, Shih-Li et Jian Ban qui s'activent, et puis Fred, et puis Sylvain aussi ..
Je ne peux pas les laisser.
Alors on continue à pousser le rocher.
Sisyphe ..
Encore ..
Garder le rocher, ne pas le transformer en boulet ..
Dimanche et lundi, les filles ont dansé le trio sur la musique de David Lillkvist.
C'est étonnant, mais ça marche bien.
D'autres repères apparaissent, certaines commencent déjà à danser différemment.
Les interprétations de chaque version vont se nourrir entre elles.
C'était le but, pour l'instant ça marche plutôt bien.
Hier au Pavillon Noir, j'ai fait un filage de la demi heure originale, seul.
Physiquement c'est dur (enfin, de le danser trois fois sera dur) mais j'espère que ça n'est qu'une question d'entraînement.
L'espoir revient, doucement.
Je me retrouve en bas de la côte à pousser le rocher, en espérant que là haut, cette fois-ci, on verra de jolies choses, et que Sisyphe redeviendra heureux.
Et là-bas, sur l'île, en ce début de semaine, les petits dansent ce qu'on a créé en août.
Yi Fan m'écrit qu'ils étaient tendus mais que tout s'est bien passé.
J'aurais bien aimé être avec eux.

"J'ai des doutes, j'ai les affres-eux
RépondreSupprimerLes Affreux d'la création
Comprenne qui veut, pas si con...
Ah c'est sûr j'suis pas Edgar Allan Poe, manque de pot
Car pour ce qui est d'la Po-ésie
On l'a
Ou pas
Dans la peau
Je suis pas non plus Arthur Rimbaud
Celui-là il devait faire un beau couple avec l'autre, là,
... merde, j'ai beau chercher j'trouve pas, boh...
Celui-là, pour l'égaler, faut s'lever tôt :
Je veux parler d'Antonin Artaud...
Ouais. Le génie, ça démarre tôt mais y'a des fois
Ca rend marteau : j'ai des doutes,
J'ai les affres-eux
Les Affreux d'la création..."