En 2011,

Je suis sélectionné au Young International Choreographer Project,

événement créé par la World Dance Alliance-Asian Pacific

sous l’égide de l’UNESCO.
Avec sept autres chorégraphes originaires des quatre coins du globe,

je crée une pièce en trois semaines pour des danseurs taïwanais.

La découverte de cette île, volcanique,régulièrement secouée par des tremblements de terre et balayée par des typhons et par certains aspects en éternelle reconstruction, me rappelle le mythe de Sisyphe.


La mythologie chinoise a aussi son Sisyphe : Wu Gang.

Une sorte de cousin germain asiatique qui lui fut condamné à couper un arbre

qui repousse éternellement.


Il m'est venu en tête, l'idée d'un projet itératif,

une chorégraphie dansée trois fois sur trois musiques différentes.



http://c2a.7eme.trimestre.free.fr/sisyphe.html


mercredi 9 mai 2012

19/03/12 - au premier jour



De retour dans un studio ..
Résumé des épisodes précédents
Sourires au Pavillon Noir



C'est aujourd'hui, 
enfin ... officiellement 
que je commence cette nouvelle création.
Comme tout projet de ce type, du moins en ce qui me concerne, il y a eu des mois de maturation quant au choix du sujet, de la manière dont j'ai envie de le traiter et comment j'aimerais le présenter.
De toute manière, le système de subvention nous pousse à penser bien avant de mettre les pieds dans un studio à ce qu'on veut faire, où on veut (on peut ?) le montrer et avec qui on veut le faire.
Du coup, parfois un projet qui était enthousiasmant six mois plus tôt s'avère être beaucoup moins excitant au moment de le commencer
Une autre cas de figure possible : un autre projet apparaît entre le moment où on dépose des demandes de subvention et la saison suivante.
C'est ce qui m'est arrivé l'an dernier avec "Résumé des épisodes précédents".
En fait, j'étais parti sur un projet en extérieur avec un hypothétique soutien de la mairie de secteur de l'endroit où je vis, et entre temps, Marie-Christine Alleman qui dirige l'atelier des arts de Sainte-Marguerite ainsi que l'équipe du théâtre des Chartreux m'ont proposé de m'installer chez eux.
Comme ce sont des petits plateaux, je leur ai proposé un "résumé" de dix ans de création.
L'occasion pour nous de danser à nouveau des choses que l'on a aimé, de les partager avec un nouveau public et de voir quelques années plus tard ce que ça donnait dans nos corps changés :
Marie Maller et Élise El Bedhui, mes deux acolytes de toujours (disons depuis plus de dix ans maintenant) ont toutes les deux été mamans et depuis la création des extraits présentés, j'ai vécu ce claquage à la jambe qui m'a bien chamboulé.
Nous avons aussi changé de créateur lumière et surtout, la vidéo est arrivée dans mon univers.
L'occasion donc aussi pour mes nouveaux comparses Éric Berthet et Sylvain Roume de découvrir des choses qu'ils n'avaient pas vu avant.

C'est donc en sortant de ce "résumé" que je me replonge dans cette idée de Sisyphe.

À l'origine de ce projet, plusieurs idées croisées qui émanent d'aventures précédentes, comme souvent chez moi.
Il y a eu la rencontre avec des musiciens lors de ma résidence en Finlande, des confrontations à l'univers musical de compositeurs lors de duo musique danse.
(ici un duo avec Philippe Deschepper, que j'avais rencontré quand je dansais dans la compagnie MEAARI- Geneviève Sorin et qui est devenu un ami depuis)


Il y a aussi l'idée de danser la même chose plusieurs fois.
J'ai dans mes cartons un projet de création où danserait deux versions d'une même danse, une avec toutes ses erreurs que l'on traiterait de façon plutôt humoristique avant de revenir à la version définitive.
Il y a enfin l'idée plus générale que le travail de créateur et celui d'interprète ressemblent par bien des aspects à la condamnation de Sisyphe : une chose que l'on crée ou que l'on trouve, que l'on accompagne, que l'on laisse grandir, parfois nous envahir et que l'on abandonne à son terme pour recommencer une nouvelle aventure parfois semblable avec d'autres doutes, d'autres découvertes, d'autres remises en question.
Avec une grande différence cependant, cette aventure n'a rien d'une condamnation.
C'est parfois un choix pour certains d'entre nous, une envie pour d'autres, quelque chose que l'on fait malgré soi pour la plupart d'entre nous.
Pour moi, ce métier est une chance et nous faisons partie des "Sisyphes heureux".
Ce lundi matin, j'arrive donc au Pavillon noir.
Un peu plus tard que prévu car j'arrive de Suisse où je donnais le week-end précédent mon stage mensuel J'étais parti sans la nouvelle musique que j'ai composé pour cette nouvelle création.
Comme en plus, je n'avais pas pris ma carte d'abonnement pour la navette Aix-Marseille, un passage éclair par chez moi s'était imposé.
Ça n'est pas si grave vu que j'ai le studio jusqu'à 18h mais j'ai des scrupules de laisser vacant un lieu comme celui-ci, c'est une denrée tellement rare.
Je suis dans cet état physique et mental où l'accumulation des week-ends de travail depuis Noël (notamment celui-ci) et le fait que je me sois levé à 5h pour prendre mon train de Lausanne n'est contrebalancé que par la série de cafés que j'ai engloutis pendant le voyage.
Je suis fatigué, et nerveux aussi parce que de remettre les pieds dans un studio pour un nouveau projet n'est jamais une chose facile pour moi, d'autant que cette fois je suis avec un corps convalescent de cette "déchirure sérieuse" aux ischio-jambiers du côté droit (comme ont dit les médecins).
Je suis officiellement guéri mais la douleur me rappelle à l'ordre .. Quotidiennement .. Et avec elle l'angoisse d'une récidive, comme celle déjà survenue en septembre.
Je me retrouve en plus, dans ces studios-même où j'ai justement créé la pièce pendant laquelle je me suis blessé.
À l'accueil, on me reconnaît, c'est tellement agréable d'être accueilli par un sourire.
Cette semaine, je suis dans le grand studio tout en haut, celui où en général à l'heure où j'arrive, les danseurs finissent la classe.
Dans les studios, à la cafétéria, on voit des plannings avec des noms de villes américaines (San Francisco, Los Angeles, Washington ..).
Les noms des rôles des danseurs font le reste : le ballet Preljocaj est en tournée aux États-Unis avec son Blanche Neige.
Le Pavillon Noir est vide de ses danseurs et de son patron.
Dans la grande maison, il n'y a que des "jeunes" créateurs … comme moi.
Je suis totalement conscient de la chance que j'ai d'être là, de pouvoir pendant des journées entières rester là, à bouger ou pas, à réfléchir, à effacer tout, à pouvoir tout recommencer.
Mais dans un coin de ma tête, je me dis aussi que c'est dommage que toutes ces "petites" compagnies ne puissent pas donner encore plus de vie à ce lieu en pouvant montrer juste une fois ce qu'elles font, par exemple, en se partageant une soirée, trois par an.
Me voilà donc avec mon jogging un peu trop chaud pour la saison dans le studio Waehner.
Espérons comme me le disait Odile Cougoule que cette grande dame de la danse contemporaine en Europe m'emmène sur des pistes aussi belles que créatives.
Je suis tout seul avec mes doutes, l'angoisse de la page blanche de l'écrivain :
par quoi commencer ?
le thème est là, mais comment y rester fidèle ? 
comment aller dans l'inexploré sans trop s'éloigner des jalons que j'ai posé ?
et toujours dans un coin de la tête, cette appréhension de travailler pour de bon avec cette jambe convalescente.
Se mettre en route.
Faire la barre, presque complètement, consciencieusement, comme si j'étais un élève de mes propres cours.
La douleur à la jambe est très présente au début et puis au fur et à mesure, la chaleur aidant, elle se fait oublier.
Je redécouvre mes musiques de cours.
Le matériel son ici est de bonne qualité et toutes mes musiques paraissent bien différentes.
J'écoute aussi dans la foulée, la nouvelle musique, celle qui devrait servir de base à la pièce. http://soundcloud.com/c2a/dong-ding
Si ça se passe comme à Taiwan (cf. c2a à Taiwan), je ne me servirai que des dernières mesures ..
Je la mets en boucle et je me lance.
La ligne de basse m'inspire la puissance, comme le Sisyphe du Titien. 

Il faudra que j'utilise la forme du colosse quelque part dans ce solo.
Un mouvement de départ, une autre forme.

J'enchaîne les propositions.
Je me perds.
Je recommence.
Je ne retrouve pas ce que je viens de faire et que j'aimais bien.
Je sors l'appareil photo qui me sert aussi de caméra pour faire des essais.
Le début se passera donc au sol.
Trouver des formes, des intentions, des énergies différentes.
Je me souviens de la phrase de Béa (une amie journaliste) et de ce que je peux faire dans la lenteur.
Une chose est sure, cette première partie, cousine plus positive de ma nuit boréale (une partie du solo "Correspondance(S)" ma création 2010) se fera sur la première partie de la musique avant que la rythmique s'installe.


Voir comment je peux utiliser le matériel que j'ai déjà testé sur mes élèves pendant que le projet était en gestion dans des replis de mon cerveau ces derniers mois ...
L'idée qui m'avait traversé l'esprit que la structure de la pièce ira du solo au groupe, se précise : je commencerai "notre Sisyphe" seul, sur le début de la musique.
À la pause, je partage mon temps de déjeuner avec l'équipe technique.
L'ambiance est détendue,
on parle de tout et de rien, et surtout, pas seulement de danse.
C'est bien agréable.
La machine à café du Pavillon est hors service, je remonte au studio pour attaquer l'après midi en luttant contre l'envie de sieste qui se fait pressente.
Je reprends.
Dans cette période de composition, le travail de créativité se mêle (et se heurte parfois) à celui de la mémoire.
Je visionne les premières pistes, essaie de retrouver les sensations, les formes.
J'ai oublié que le sol ici accrochait beaucoup.
Penser à amener des chaussettes, et à garder dans un coin de la tête que le rapport au sol risque d'être différent ailleurs.
Vers 16h30, je décide d'arrêter pour la journée.
Ça me permettra de prendre le car assez tôt pour éviter les bouchons.
Mon corps va être noué, mes articulations douloureuses et ma tête …
Fin de journée.
Pas de cours ce soir.
J'espère pouvoir me coucher tôt.

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