La musique prend forme
Elizabeth and Cloud Gate
Une bien belle journée pluvieuse
Le temps est à l'orage.
Pas de balade ce matin.
Après le petit déjeuner, je me replonge dans la mouture définitive de Sisyphe.
Ce fameux 7 temps.
Une fois la transition trouvée avec le binaire précédent, je pars dans l'idée de ce que j'avais entendu au spectacle de samedi (cf. Ko-Yin danse) mais je finis tout à fait ailleurs.
C'est bien mieux comme ça.
Je n'ai pas faim à midi, les brioches au taro du matin m'ont bien calé l'estomac et puis on mange tôt ce soir:
je suis invité par Hsiao-Yin du groupe dancecology.
Au programme, un dîner avec un de ses mentors, Elizabeth Dalman , une pionnière de la danse contemporaine en Australie.
Nous avons rendez-vous à 16h40 à la station Zongshan sortie 3.
Je pars à la bourre.
Comme d'hab' …
Je crois que je commence à me sentir chez moi.
Je vois le métro arriver au loin, je cours.
Le lecteur MP3 glisse dans ma jambe du pantalon par le trou de ma poche.
J'enlève le fil du casque, je le récupère.
Un de mes principes fondamentaux se vérifie à nouveau : il est rarement bien utile de courir.
J'arrive aux composteurs quand l'écran lumineux indique que le train s'en va.
Je me résigne et arrive tranquillement sur le quai.
En fait, il est encore là.
Les annonces sont réglées pour, d'une part, qu'il n'y ait pas de cohue, d'autre part pour que les gens aient pu lire l'annonce en anglais et en chinois, du coup, tout a un temps de latence ..
Je saute donc dans le wagon.
Je préviens Hsiao-Yi que je vais avoir 5 minutes de retard, elle me répond de ne pas m'inquiéter.
Au lieu de rendez vous, Chun-Liang m'attend.
Hsiao-Yin aussi est en retard …
Nous partons sous la pluie rejoindre Elizabeth à la fondation Tsai Jui Yueh, du nom d'une autre pionnière, taiwanaise celle-ci, de la danse moderne (le site de la fondation)
C'est un pavillon style japonais, de la période où le Japon avait envahi l'île.
Il y a un salon de thé, un joli jardin et une salle de danse qui sert surtout pour les danses de salon (mais encore parfois de salle de répétition)
Une dame d'un certain âge nous attend devant son thé dans la pergola.
Elle nous accueille avec un large sourire accueillant.
Elle me raconte que ce lieu est mythique :
Il a été défendu par les danseurs eux-mêmes à une période où l'état avait décidé de récupérer l'endroit pour construire autre chose (et accessoirement, effacer cette trace d'occupation nippone).
Ils avaient occupé le lieu pendant une semaine, certains restant dans les arbres alors qu'un typhon traversait l'île.
Et ils avaient gagné.
Nous partons vers le restaurant.
Hsiao-Yin et Chun-Liang sont drôles : elles ne sont jamais d'accord sur quelle route prendre …
Comme d'habitude ici, nous partageons une grande partie du repas.
En européen fraîchement arrivé, j'ai droit à mon "beef and noodles" perso alors que les trois filles se partagent deux bols de soupe.
Nous parlons de la danse en France.
Elizabeth me demande quelle technique j'enseigne …
Nous parlons héritage, filiations …
Hsiao-Yin paye pour tous.
Je suis gêné.
Nous repartons vers le théâtre national.
Le bâtiment est somptueux.
Tout est accessible aux handicapés.
Des rampes, des ascenseurs …
Nous sommes au second balcon, presque centrés.
À l'avant-scène, devant le rideau fermé, un plan d'eau avec des lotus.
Hsiao-Yin la voit pour la … cinquième fois.
Elle était notamment là pour la représentation précédente : la 2000e fois que la compagnie était sur scène.
"Nine Songs" est basée sur des chansons qui de 2300 ans avant J-C.
On y retrouve des aspects de la danse traditionnelle mêlés à une danse moderne dans le mouvement et dans l'écriture.
Bluffant.
En plus, ce théâtre a une acoustique impeccable : du second balcon, on entend les danseurs respirer.
Dans la deuxième partie, je n'en crois pas mes yeux.
Une entrée me rappelle ma dernière traversée de "nuit boréale", le solo lent que j'avais fait dans Correspondance(S).
Je suis dans mon univers.
Et puis ce dernier tableau, non dansé, un hommage à la mort.
Chaque danseur amène des bougies sur le plateau, deux par deux, et on assiste à un flot incessant de bougies qui apparaissent des coulisses et qui se posent paisiblement.
Au bout d'un moment, le rideau de fond se lève, et là …
Il y a autant de bougies installées dans la deuxième partie de la scène, créant un fleuve de lumière.
J'ai les larmes aux yeux.
Comme dans tous les spectacles (semble t-il) ici, il y a, après le spectacle un échange avec le public.
Cette fois-ci, ce ne sera pas le chorégraphe, ni les danseurs ..
Mais le scénographe !
Il nous explique par exemple que ce sont de vrais lotus qui sont dans l'étang à l'avant-scène, que ce sont pas moins de 800 bougies qui sont utiles pour l'image finale.
Nous partons avant la fin de l'échange qui se fait tout en chinois.
J'achète le DVD.
Quelques photos souvenirs.
C'est un super danseur de claquettes.
Mais personne n'est dans cette énergie.
Nous rentrons
Nous faisons donc le chemin du retour ensemble après avoir laissé Chun-Liang à la gare.
Elle me parle de son lieu de résidence en Australie …
Ca donne envie.
(le site de Mirramu, le lieu de résidence)
Un jour peut-être ..
À Zhuwei, je croise le cuistot de mon snack au canard, il me sourit.
Je retourne à la chambre pensif et heureux, j'ai décidément beaucoup de chance d'être là.








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