En 2011,

Je suis sélectionné au Young International Choreographer Project,

événement créé par la World Dance Alliance-Asian Pacific

sous l’égide de l’UNESCO.
Avec sept autres chorégraphes originaires des quatre coins du globe,

je crée une pièce en trois semaines pour des danseurs taïwanais.

La découverte de cette île, volcanique,régulièrement secouée par des tremblements de terre et balayée par des typhons et par certains aspects en éternelle reconstruction, me rappelle le mythe de Sisyphe.


La mythologie chinoise a aussi son Sisyphe : Wu Gang.

Une sorte de cousin germain asiatique qui lui fut condamné à couper un arbre

qui repousse éternellement.


Il m'est venu en tête, l'idée d'un projet itératif,

une chorégraphie dansée trois fois sur trois musiques différentes.



http://c2a.7eme.trimestre.free.fr/sisyphe.html


samedi 22 septembre 2012

Bamboo Curtain Studio - Jour 7 - un dimanche gris



Nuit blanche
Alarme
Encore plus de blues


Comme hier, j'avais décidé de faire une petite sieste vers 19h30.
Je me retrouve totalement réveillé à minuit.
Je descends prendre de l'eau chaude pour me faire un thé.
En remontant, je me connecte sur France Inter.
La radio marche plutôt bien et ça tombe bien parce que le concert de Patty Smith à la fête de l'Humanité est diffusé en direct.
Quelle bonne idée !
Ils enchaînent avec New Order.
Je suis aux anges.
Je discute avec les français qui entament leur soirée, j'écris des articles pour le blog et le temps que je me dise que ça serait bien que le sommeil arrive, la lumière revient sur la montagne.
Il est 5h.

Une demi-heure plus tard, j'entends Adam rentrer.
Il s'écroule sur son lit.
Juste un son est sourd et plus rien.
La soirée a dû être arrosée.

La digestion de mon petit déjeuner génère une vague somnolence qui me permet de dormir une heure ou deux.
Au réveil, le temps est bien gris.
Ca ne donne pas envie de prendre des photos.
Mais bon, au moins, il ne pleut plus.

Je regarde la météo sur le net,
dans le sud de l'île il fait beau.
Et si je descendais pour la journée ? ..
En même temps, ça serait bien de visiter enfin Taipei et de connaître de nouveaux coins mais avec ce temps ..

Il y a toujours le studio à nettoyer.
Je rassemble mon courage et part avec le seau qui m'a servi à recueillir la pluie de la fuite de ma chambre (cf. hier).
J'ouvre la porte, une alarme stridente se met en route avec une dame qui hurle quelque chose en chinois.
Je referme vite la porte de peur de voir débarquer qui que ce soit.
Le nettoyage, ce sera pour une autre fois.

Partir.
Je retourne à la chambre, m'habille en vitesse, prends ma carte de métro et me met en route vers la station.
La plage ?
On est dimanche.
Même s'il fait gris, il doit y avoir du monde.
Je refais une tentative de sortie de manière aléatoire.
Minquan W. road.
C'est une correspondance.
Il doit bien s'y passer quelque chose.
Hélas, c'est juste un carrefour.
Comme partout dans la ville, de larges avenues, des scooters, des bus.
Rien de nouveau.

J'ai le souvenir d'un joli pont moderne quelque part dans la ville.
Essayons la station Taipei Bridge.
Mauvaise pioche encore.
Le pont est .. juste un pont.

Au moins, il y a la rivière.
Je descends sur la berge.
Comme près de Zhuwei, il y a une piste cyclable et des aménagements pour se promener.
Je m'installe sur un banc et regarde les gens courir, pédaler, marcher.
Derrière moi, la ville.



Devant moi, des immeubles d'habitation assez moches qui ont, en plus, une vue imprenable sur le pont et sur une rocade toute aussi moche.
Les appartements ont l'air tout petit.

Je me rends compte que je n'ai pas vu jusque là de banlieue pavillonnaire comme en Europe.
Il y a des immeubles presque partout.
De différents standings et de différents époques mais c'est plutôt le culte de la tour qui prédomine ici.


Le blues naissant de la veille, m'envahit.
Je repars vers la station de métro.
Le long de l'avenue, tous les magasins sont ouverts comme si on était en semaine.
Ca n'est pourtant pas un quartier touristique ..
Visiblement, ici, dimanche est un jour comme les autres.

La rue est animée.
J'ai la sensation que tout le monde me regarde (et je ne pense pas avoir tort) et se fout de ma gueule (ce qui est sûrement faux).
Je me dis que je devrais demander comment on écrit en chinois "oui je suis noir, non ça n'est pas une maladie honteuse" et je le ferais imprimer sur un tee-shirt.

Une grande ville sous un ciel de plomb.
Ca me rappelle les pires des journées à Paris.

Je suis fatigué de ne rien comprendre, de ne rien pouvoir lire à part le nom des rues et des pubs sans intérêt.
J'aimerais bien pouvoir discuter un peu.
Il y a bien les jeunes du projet de l'an dernier, mais visiblement personne ne s'est vraiment manifesté.
Je les laisse à leur nouvelle vie d'étudiant.
Dommage, j'aurais bien aimé les revoir au moins une fois.
Comment faire quand on connaît personne ?

Je pense aux immigrés en Europe, je ne peux que comprendre certains replis communautaires.
Tu as beau avoir envie de savoir, de comprendre, quand on te regarde bizarrement en permanence tu sais que tu n'es pas l'un des leurs.

Le métro est bondé.
C'est l'heure où les lycéens et les étudiants rentrent à l'internat.
Et puis, il y a aussi ce salon du design.
J'avais dit que j'irai sûrement .. mais le coeur n'y est pas.
Le ciel rosit, je suis encore dans le métro ..
Décidément, je n'ai pas de chance aujourd'hui.
Quand on passe Guandu, la nuit est presque tombée.
Je décide quand même d'aller faire un tour vers la rivière.
L'eau me fait toujours du bien.
J'arrive pour les derniers instants du crépuscule.
Beaucoup de gens sur la placette, avec des petites radios.
Des vieux font leur gym, des jeunes passent en vélo à toute vitesse.
En regardant, vers la mer, la ripisylve prend des couleurs étonnantes, je tente de capter l'instant avec ma caméra.


À l'entrée du Bamboo Curtain Studio, je croise Adam qui va s'acheter à manger.
Il n'a pas totalement décuvé.
Je lui raconte l'histoire de l'alarme.
Il compatit.
Quand il est arrivé il y a deux mois, pendant la première semaine, un vigile a débarqué dans le salon à cause d'une alerte du même type.
Sauf que là c'était directement lié avec la boîte de surveillance.
Il compatit.

Me revoilà dans la chambre.
Tiens, j'aurais pu aller dîner avec lui.
Mais bon, il empestait encore la bière et le saké.
Aller seul trouver un snack au nom indéchiffrable ?
Pas question.
Il me reste des biscuits.
Ca ira très bien comme ça.

Un thé, des biscuits.
Dormir.

Vivement que le stage commence.
Sinon le temps va me paraître terriblement long.

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