Je pense un instant que c'est l'eau de la gouttière (cf.hier) mais à travers ma moustiquaire, je vois de l'eau qui coule sur mon sac.
Je me réveille en sursaut.
Le plafond fuit.
Trouver un saut.
Tout essuyer (l'ordinateur qui n'est pas loin a reçu les giclées des gouttes du sac tout proche)
La pluie n'a toujours pas cessé.
Je m'installe dans le salon le temps que tout sèche.
J'écoute la radio qui marche mieux que dans ma chambre.
J'avais monté une bouilloire la veille donc je peux petit déjeuner sans me tremper.
Je discute avec les insomniaques européens en mangeant des biscuits trempés dans mon thé vert.
L'avantage, c'est qu'il fait quand même chaud et que le plancher sèche vite.
Je peux retourner dans ma chambre rapidement.
Toujours la pluie.
On est en à 24h.
Ko Yin a envoyé une photo de remerciements pour son spectacle.
Cette excitation d'après création que je connais tant.
Elle est la même, intacte, pour nous tous.
Nous nous voyons tout à l'heure pour un nouveau spectacle.
Dans le même petit espace.
Je mets en ligne deux articles sur le blog et je m'habille.
Qu'est-ce que je vais mettre ?
De toute façon, il pleut.
Je décide de remettre le pantalon de la veille, qui est déjà mouillé en bas.
De toute manière, il le sera à nouveau d'ici peu.
À la sortie du métro, la tempête a cessé.
28h de pluie non stop .
Même l'an dernier à Kaohsiung je n'ai pas vécu ça !
En marchant enfin au sec, je croise un noir à vélo.
Ca m'a fait moins drôle que je ne l'aurais imaginé.
J'arrive en avance au théâtre.
Ko Yin n'est pas encore là, je l'attends au même endroit que l'avant-veille.
(cf. Ko Yin danse)
Finalement, elle arrive.
Nous retournons au sous-sol.
Aujourd'hui, c'est une autre forme de duo, une danseuse et un saxophoniste.
Ca me rappelle ce que j'avais fait avec le guitariste Philippe Deschepper dont je vous ai parlé il y a quelques mois.
Il y a une danse avec une longue écharpe.
Intéressant pour les filles de Sisyphe dans les lotophages.
une nouvelle idée à creuser.
Dans la dernière partie du spectacle, la danseuse a demandé à quatre personnes dans le public (les premiers arrivés je suppose) de venir s'installer dans l'espace scénique avec leur chaise.
Ce qui est étonnant, c'est que la gêne des gens ici, les rend complètement absents.
Comme s'ils avaient un masque qui les portait au delà de la neutralité.
Je me souviens de Geneviève Sorin, une chorégraphe avec qui j'ai travaillé cinq ans, qui nous avait fait travailler sur l'absence sur un plateau.
C'était bien difficile pour nous, interprètes européens.
Belle idée que cette femme qui danse parmi ces gens qui ont l'air impassibles.
À la fin du spectacle, il y a un petit papier à remplir par les spectateurs.
J'avais déjà vu ça à Kaohsiung quand j'étais allé voir un spectacle dans un lieu alternatif.
Comme il n'y avait que des élèves de l'école autour de moi, je pense que c'était un devoir.
En fait non, c'est une pratique courante dans les salles de petite jauge.
J'essaierai à Marseille.
Un bonhomme, blanc, qui a filmé le spectacle me demande si j'ai aimé.
J'entends dans sa voix un accent qui m'est presque familier.
Je lui dis que oui et nous entamons la conversation.
Il est le compagnon de la danseuse chorégraphe .. et il est français.
Wan-Chao, la danseuse, est revenue à Taiwan, l'an dernier, après 17 ans.
Elle était aux États-Unis où elle a rencontré son compagnon qui bossait dans la Silicon Valley.
Le choc culturel est rude.
Plus pour elle que pour lui me dit-il.
Ils sont là depuis un an et à part enseigner (Ko Yin a été un de ses élèves l'an passé) elle a un peu de mal à développer des choses.
En fait, il m'explique qu'il y a beaucoup de spectacles en petites formes comme celui là et après on passe tout de suite aux très grands théâtres
comme le théâtre national que j'avais visité l'an dernier.
Ce qui me dit sur les gens, sur sa difficulté de lancer une affaire, sur les gens, ne me plaît pas.
Ca n'est pas ce que j'ai envie d'entendre moi qui aime beaucoup ce pays et ses gens.
Pourtant ce qu'il me dit reflète assez le que j'ai à propos de Taipei.
La nature est tellement belle et le climat, quoique rude, est quand même plutôt agréable.
Et les gens se comportent comme à Paris …
Je dis trois mots au saxophoniste en partant.
Lui, il est allemand.
Il est de passage ici comme moi.
C'est drôle parce que je l'ai salué alors qu'il discutait avec un bonhomme qui a dormi pendant une grande partie du spectacle.
Comme dit Ko Yin, ça fait toujours plaisir de côtoyer des artistes de près ..
Elle m'accompagne jusqu'au métro, elle va rester dans le coin.
Il y a un café où ils font un cappuccino qu'elle apprécie particulièrement.
En marchant, elle me demande "pourquoi tu es venu voir mon spectacle ?"
Je lui réponds que ça me faisait plaisir de la revoir et qu'en plus, j'aimais bien voir les danseurs que j'ai fait travailler dans d'autres productions.
Drôle de question.
Apparemment, elle ne pensait pas que je viendrai.
À l'entrée du métro, je la remercie de m'avoir accompagné, et de m'avoir fait découvrir ce lieu, et ces spectacles.
On se promet de se revoir.
De retour à Zhuwei se repose la même sempiternelle question.
Quoi manger ? Et où ?
Je me dis que je vais tenter les raviolis. (cf.hier)
Je prends le pont qui surplombe le carrefour
Et je me dirige vers le snack.
Là, comme un peu partout ici, il y a des fiches où est indiqué tout ce qu'il y a dans le menu avec une grille à côté.
Les gens marquent la quantité de chaque plat désiré et la donnent soit au serveur, soit directement au cuistot.
Je ne peux pas faire ça.
C'est tout en chinois.
Heureusement, il y a deux photos de raviolis différents.
Une dame de l'équipe vient me voir et me demande ce que je veux (enfin c'est ce que je crois deviner)
Je lui montre les photos.
Elle me montre ses deux mains.
Je pense que c'est cinq de chaque.
Je dis oui.
Et j'attends.
C'est long.
En fait, peut-être que ça ne l'est pas mais quand on sait pas trop ce qui se passe et comment ça se passe, vu que je ne sais pas si elle a dit au cuistot quelque chose à mon sujet, je suis un peu inquiet.
Je vois des fiches passer.
Des gens arrivent en voiture et récupèrent des livraisons.
En fait, je me rends compte que cinq de chaque ça va être peu.
Je n'ose pas rappeler la dame.
Tant pis.
De toute façon, je dois passer au Seven Eleven.
J'assiste à une cuisson.
Les raviolis sont prêts et congelés.
Le cuistot les mets dans deux bacs, les couvre d'une plaque en bois et allume le feu en dessous.
Au bout d'un moment, il relève les bacs.
Les raviolis sont déjà presque cuits.
Il ajoute un peu d'eau dans le premier bac pour les raviolis vapeur et enlève ceux du second pour les frire.
Finalement, mon tour arrive.
Et j'en ai dix de chaque.
Quand elle me montrait ses deux mains, c'était pour ça.
Bonne nouvelle.
Au Seven Eleven, j'achète à boire.
Quand je paye, le caissier me donne un bouquin.
Il me regarde et me dit c'est un livre de chansons.
Il sourit.
Dans son regard je comprends :
"oui je sais, tu ne sais probablement pas lire le chinois et ta famille non plus mais c'est mon boulot, je dois le dire et le faire, alors je le fais"
Je ris un peu, ça fait du bien.
Cette pluie, et cette solitude globale me pèsent un peu ces temps-ci.
Retour à la chambre.
Internet qui marche mal.
Pas de radio.
Je mange.
J'ai un coup de barre.
Comme les autres jours, je me couche tôt.
Enfin plus tôt aujourd'hui.
On verra bien comment sera la nuit.



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