En 2011,

Je suis sélectionné au Young International Choreographer Project,

événement créé par la World Dance Alliance-Asian Pacific

sous l’égide de l’UNESCO.
Avec sept autres chorégraphes originaires des quatre coins du globe,

je crée une pièce en trois semaines pour des danseurs taïwanais.

La découverte de cette île, volcanique,régulièrement secouée par des tremblements de terre et balayée par des typhons et par certains aspects en éternelle reconstruction, me rappelle le mythe de Sisyphe.


La mythologie chinoise a aussi son Sisyphe : Wu Gang.

Une sorte de cousin germain asiatique qui lui fut condamné à couper un arbre

qui repousse éternellement.


Il m'est venu en tête, l'idée d'un projet itératif,

une chorégraphie dansée trois fois sur trois musiques différentes.



http://c2a.7eme.trimestre.free.fr/sisyphe.html


vendredi 23 novembre 2012

Les filles des cinq garçons (1) la rencontre


Les filles relèvent le défi ...
Apprivoisement réciproque
Le projet pourrait être beau si ...



Ici commence un autre volet du projet dont j'avais déjà commencé à parler entre les lignes.
Une autre aventure chorégraphique, cousine de "notre Sisyphe", soeur des "soldats du vent".

Au mois de mai dernier, pendant que je travaillais déjà sur le projet, j'étais intervenu deux petites journées dans un centre social de la Viste, un quartier populaire au nord de Marseille, le centre Del Rio.
Je connais bien l'équipe pédagogique, certaines des profs ont été mes élèves et elles m'avaient sollicité comme oeil extérieur sur des chorégraphies qu'elles avaient faites pour des rencontres chorégraphiques.
C'était encore le cas cette année sauf que nous avions décidé de rendre la chose un peu plus officielle en la couplant avec un stage.
Il y avait donc à la fois des cours et un travail de répétiteur sur des pièces déjà bien avancées.
J'avais été déjà très ému par l'une d'entre elles, "Rendez-vous" que j'avais vu aux rencontres chorégraphiques départementales de la F.F.D. et j'ai été encore plus touché en voyant ces jeunes danseuses engagées, intéressées et volontaires aussi bien dans les cours qu'en répétition.



En arrivant pour le stage, j'avais en tête la proposition de Miss Chou de faire la pièce pour les cinq garçons et ces filles là avaient le même âge ..
Élise Tomatis, l'une des enseignantes me dit que le centre va se doter d'une salle de spectacles et que peut-être que ça pourrait être intéressant pour "notre Sisyphe".
Il y avait quelque chose à faire avec tout ça.

L'idée m'est venue de jumeler ce centre avec la Tsoying Senior High School en travaillant sur un projet global incluant "notre Sisyphe" la pièce centrale et deux projets connexes et connectés, un à Marseille, l'autre à Kaohsiung.
Cela nous permettrait de monter une soirée de spectacle avec les trois pièces, d'abord à Marseille en faisant venir les Taïwanais ici, puis à Taiwan en emportant les jeunes marseillaises dans mes bagages.
J'en parle à miss Chou.
Elle est partante.

Il nous reste un an pour trouver des soutiens matériels (notamment pour les voyages) dans les deux pays.

Nous voilà à la fin du mois d'octobre.
"Les soldats du vents" travaillent de leur côté, il nous reste à créer la pièce des filles.

Ce lundi, je vais à la Viste avec l'appréhension des nouvelles rencontres.
Un peu comme quand j'ai rencontré Dancecology pour la première fois.
Sauf que cette fois-ci, j'avais un peu plus de questions.
J'avais déjà vu ces filles mais je ne m'en souvenais pas autant que je voudrais : il y avait eu cet été tellement rempli et je n'aimais pas ne me pas me souvenir.
Et puis il y a toutes ces questions sur le contenu.
Comment tirer le meilleur d'elles mêmes le plus vite possible comme j'ai fait avec les garçons (alors qu'elles dansent beaucoup moins qu'eux) ?
Que faire par rapport à eux, les rendre complémentaires ? les opposer ?
Sur quelle partie de "notre Sisyphe" s'appuyer ?

Déjà, en arrivant au centre, la première inquiétude disparaît dès le premier coup d'oeil:
je les reconnais tout de suite.
Elles sont là, calmes, modestes, à l'image d'Élise, une de leurs profs.
Pas de vrai studio de danse avec un piano au coin comme à Kaohsiung,
une salle polyvalente, avec des dalles de lino collées sur du béton, trois ou quatre portes d'où les gens entrent et sortent sans vraiment se soucier de ce qui se passe.


Je les reconnais donc.
Il y a cette jeune fille aux grands yeux expressifs,



il y a les jumelles, et puis cette fille toute longue, très silencieuse, dont on se demande toujours à quoi elle pense, il y a cette blonde aussi.


Et puis une nouvelle, qui est arrivée cette année .. et qui est assez douée pour qu'on ne voit pas la différence avec les autres ..
J'aime ces bonnes surprises.

Pour mes autres questionnements, en fait mon corps m'a guidé vers le sol.
Mon dos étant assez douloureux ces temps-ci, c'était une des meilleures façons de le soulager.
Et les garçons sont surtout debout.
Je me dis aussi qu'avec eux, en terme de qualité de mouvement, on est surtout sur des choses qui évoquent le feu et l'air et assez peu la terre et l'eau.
Il faudra que j'emmène les filles par là, à moins qu'elles ne m'emmènent ailleurs ...

On fait une barre allégée : le début, l'exercice Horton, les étirements au sol.
Je les lance dans une phrase par terre, cousine de celle que les garçons font.
Ca se passe bien.
J'utilise la musique que j'ai créé pour l'improvisation à Taipei et dont je me servirai pour le quatuor de filles.
Je les sens gênées mais je n'arrive pas à trouver pourquoi.
Elles ne sont pas perturbées parce que la musique ne soit pas de celles qu'elles peuvent écouter habituellement ni par le fait qu'elle se compte en 7.
Il y a autre chose ...
Élise qui vient voir la répétition me dit "ça leur fait du bien d'avoir à compter, moi je ne le fais jamais ..."
C'était donc ça !
En fait, elles travaillent "à l'écoute" la plupart du temps (c'est à dire qu'elles trouvent un rythme commun entre elles, elles ne se calent pas sur la pulsation de la musique) donc ce travail quasi métronomique les change.
Élise et moi, on aime bien ça.

Petit à petit, le groupe s'ajuste.
Contrairement aux garçons qui m'ont presque imposé leur énergie, les filles apprivoisent mon rythme (trop rapide pour certaines, trop lent pour d'autres)
Elles sont aussi parfois gênées par l'interprétation que je leur demande :
La musique dont je me suis servi m'a poussé vers une certaine neutralité.
Là aussi, Élise est contente car elle veut travailler sur ça avec elles.

Les vertus pédagogiques sont plus importantes que je ne l'envisageais, c'est encore mieux.




Nous avons beaucoup avancé dès le premier jour.
Un peu comme à Taiwan avec la barrière de la langue en moins.
Elles ont donc un jour d'avance.
Et si, comme là bas, on pouvait travailler de manière aussi intensive, on arriverait malgré leur niveau technique moins avancé que les garçons à une pièce quasi finie.

Ce lundi soir, je rentre chez moi confiant.
Heureux d'avoir fait le bon choix de ces filles-là dans ces quartiers-là,
mais triste aussi de ne pas me sentir aussi soutenu qu'à Taiwan.



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