Tant de rendez vous manqués ...
J'aime quand les interprètes m'emmènent ailleurs ...
Se retrouver seul .. à nouveau
c'est beaucoup de tendresse, et plein de rendez vous manqués.
On s'est croisé pour la première fois vers 2003 chez Josette Baïz.
J'avais donné le cours du vendredi matin.
C'est un cours où les danseurs de la compagnie suivent l'enseignement d'intervenants extérieurs.
J'ai tout de suite aimé sa façon de bouger et comme on n'avait le même humour, j'avais rangé son prénom dans un coin de ma tête.
L'année suivante, je lui ai proposé de travailler avec nous.
C'était pour Quartet # 2 ..
La seule pièce que je n'ai jamais pu montrer au public.
Aucune scène de la région n'en a voulu.
Premier rendez-vous manqué.
Par la suite, le travail de la compagnie Grenade (de Josette Baïz) lui prenait trop de temps pour que je puisse lui faire partager nos aventures.
Je ne l'ai recontacté que pour remplacer Marie quand on a repris "ma collection particulière" en résidence à Franconville et puis pour une apparition vidéo dans le solo "Correspondance(S)".
Cela nous a laissé un goût amer.
C'était une évidence qu'elle soit dans l'équipe de "notre Sisyphe".
Avec elle, je voulais tester le solo qu'elle avait fait
lors de notre happening au Sofitel (cf.l'affaire Sofitel)
et puis aussi une des versions du trio virtuel (cf.KLAP - trio virtuel)
À la première répétition, on attaque par le sol du trio.
Pour moi, un travail de schizophrène s'opère :
J'ai créé les trois versions de cette danse au sol au printemps dernier.
Il s'est passé tellement de choses depuis que je les ai presque oubliées ..
Du coup, ce premier jour, je me retrouve devant la vidéo avec Magali à découvrir et déchiffrer des mouvements que j'ai pourtant déjà exécutés comme si c'était quelqu'un d'autre qui dansait une chorégraphie d'un autre créateur.
Magali me surprend à dire "mais qu'est-ce qu'il a fait là ?" .. en parlant de moi.
On en rit.
C'est toujours aussi intéressant de voir à quel point des mouvements qui paraissent évidents dans un corps, le sont beaucoup moins dans un autre.
Et puis surtout : il y a le rythme.
"je n'ai jamais dansé aussi lentement" me lance t-elle une des premières fois où elle se lance dans cette danse fraîchement déchiffrée.
Petit à petit, le calme s'installe dans son corps.
Elle plonge dans la musique, repère des accents, sait quand elle est en avance, en retard.
Cette partition solo devient la sienne..
On filme.
La danse "debout".
En fait, elle m'avait expliqué qu'elle avait fait cette danse à partir de bouts de choses qu'elle avait aimées dans les pièces de la compagnie (notamment mes deux solos).
Elle me montre à nouveau.
Je lui dis qu'on va modifier des choses
pour que ça tire autant vers moi que vers elle ..
Pour le Sofitel, il fallait que ça claque mais là, on est plus sur quelque chose que je veux proche de ma façon de faire.
Elle le redanse et déjà, elle édulcore des choses
"te connaissant !" me dit-elle en souriant.
C'est vrai qu'en général, ce qui me vient naturellement et nettement moins spectaculaire que ce qu'elle fait.
On adoucit certaines choses,
suspend certains mouvements,
varie quelques vitesses,
change des regards.
Je décide de mettre cette danse dans la dernière partie.
J'entendais la musique pendant qu'elle le faisait.
On filme.
Ca marche.
C'est même un peu long.
Je n'avais pas prévu tout ça dans cette partie mais c'est encore mieux.
J'aime bien quand les interprètes m'emmènent ailleurs.
On décide de se revoir la semaine suivante.
Sauf qu'au Pavillon Noir ça n'est pas possible : tous les studios sont occupés.
On se dit qu'on demandera à la compagnie Grenade, sauf qu'entre temps, je tombe malade.
On ne se revoit donc que la dernière semaine.
Le premier mardi, on ne travaille que tous les deux.
Le sol est calé, elle a trouvé son rythme, son interprétation.
La danse debout avance aussi.
Je me dis que la danse des autres danseurs se construira autour de celle-ci.
Sisyphe ..
Qui va d'un point fixe à un autre point fixe, tout le temps, mais peut-être différemment.
En prenant des repères forts dans sa danse, on pourra aussi trouver d'autres moyens de les relier.
On filme le tout
D'abord le sol :
Ce jour là, on trouve dans le studio, ce qui semble être un élément de costume
Abat-jour ?
de phonographe ?
Grande collerette ?
On ne saura jamais.
Celle que je travaille en cours.
Magali a du mal avec ce genre de choses.
Les comptes, c'est ça bête noire ...
Non pas qu'elle n'y arrive pas mais elle a décidé qu'un de ses défauts était qu'elle n'apprenait pas vite ..
C'est étonnant de voir cette belle danseuse douter d'elle même sur des choses qui ne devraient pas lui poser souci.
À chacun ses faiblesses ...




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