il était temps que je consigne ici la suite de l'aventure.
En fait, concrètement, "notre Sisyphe" n'a pas vraiment avancé.
Le Pavillon Noir est bien occupé avec la création du chorégraphe en chef dont la première est le 29 avril.
Nous nous sommes vus une fois ou deux fois juste après Pôle Pik et puis il a fallu ranger momentanément toute cette émotion pour d'autres aventures.
Pour ma part, il y a eu quelques jurys, ceux de la Fédération Française de Danse, les désormais habituels concours internationaux de Biarritz et puis les sélections universitaires d'un festival "danse avec ton CROUS" où l'on doit départager sur vidéos des créations chorégraphiques d'étudiants (avec du bon et du moins bon, aussi bien dans l'organisation que dans les participants).
Comme l'an dernier, Biarritz a été plein de surprises.
Il y a eu la météo ..
24, 25 et 26 avril, trois jours où le soleil est resté bloqué au nord.
Faire Marseille-Biarritz en voiture sous la pluie, c'est loin de l'idée que je me faisais de lier travail et tourisme.
De beaux danseurs (notamment une école allemande qui a raflé des médailles pour tous ses élèves et des stages au Conservatoire National Supérieur de Paris) et puis une présidence à assumer vu que cette année j'ai été bombardé en première ligne pour le concours modern'jazz
J'ai toujours des scrupules dans ce genre de situation.
Comme je suis entouré de gens au parcours ou aux postes prestigieux, je me demande toujours si j'ai la légitimité pour ça.
Est-ce que c'est la fonction qui est importante (comme dans les présidents de jury des rencontres chorégraphiques où ... ) ou est-ce une place honorifique ?
Et puis me retrouver à défendre cette danse jazz qui me tient au corps mais dont on me rappelle régulièrement que je n'en fais plus partie, c'est toujours étonnant.
Bon, sinon Biarritz, c'est l'océan.
J'ai quand même pris le temps de faire quelques photos.
Un passage à Peyruis, dans l'école de Sophie
(si vous ne connaissez toujours pas Sophie, je vous l'ai présentée ici)
où comme l'an dernier, j'ai donné un cours de .. trois petites heures ..
et où j'ai aussi essayé mes premières chaussures de flamenco ...
Un autre voyage en Lorraine, dans la petite ville de Bitche : trois cours par jour, des plus petits au plus grands..
Il y a aussi deux ateliers donnés pendant les Rencontres Nationales Universitaires à Aix où j'ai retrouvé avec grand plaisir des profs d'E.P.S comme Nathalie Dray que j'avais croisée au lycée Périer quelques années plus tôt et aussi Caroline Rumeau que j'ai eu en élève il y a encore plus longtemps.
Les danseurs de ses rencontres, tous étudiants mais dans différentes filières, pouvaient suivre des cours de danse africaine, de danse brésilienne, de danse contact, de hip hop et .. mes cours,
avec une "restitution" du travail en fin de deuxième journée.
J'ai toujours un peu de mal avec ces "restitutions".
Après seulement deux ateliers d'une heure et demie, devoir obligatoirement "montrer" quelque chose fausse un peu tout : on a à peine le temps d'aborder les choses, de se rencontrer, surtout quand il y a trente stagiaires comme c'était le cas le premier jour ...
C'est une création de 2007 qui mêle danse et peinture.
À l'époque, j'avais choisi une dizaine d'oeuvres et j'en avais donné ma vision chorégraphique.
Nous avions déjà repris "ma collection particulière" en 2010 à Franconville mais dans une version différente :
Marie-France Montant, la directrice de l'action culturelle de la ville, m'avait proposé de déstructurer la pièce en la rendant plus intéractive.
Nous avions transformé la salle d'expositions en salle de spectacle et exposé des copies des oeuvres.
Marie-France avait fait appel à Julien Trésor, étudiant en histoire de l'art qui, pour chaque tableau, présentait le peintre et situait l'oeuvre dans son parcours.
Nous dansions alors notre version des faits et s'en suivait un débat avec le public.
La formule avait particulièrement bien marché.
750 personnes en dix-huit jours de représentations.
Des enfants venus en représentation scolaire revenaient seuls le samedi après être venus avec leur classe dans la semaine.
Ils amenaient leurs cousins, leurs copains.
Nous avions même réussi à faire venir l'équipe du petit hôtel où nous étions hébergé.
Marie-France m'avait même soutenu pour l'appel à auteur "questions de danse" que lance KLAP tous les deux ans
(inutile de vous dire que je n'ai jamais été retenu ...).
J'avais proposé la formule au Préau des Accoules à Marseille
mais la directrice m'avait expliqué que le projet les aurait intéressés si je n'avais utilisé que des peintres provençaux
(comme j'avais préféré Dali, Magritte, Vermeer ou Klein à Loubon ou Jean-Claude Sardou .. forcément ça ne pouvait pas marcher)
Avec le succès de "résumé des épisodes précédents", un best of des chorégraphies de c2a réalisé en février dernier, le théâtre des Chartreux nous a à nouveau invités cette saison en nous laissant carte blanche.
Je leur ai proposé "ma collection particulière" dans cette version conférence.
Première date le 4 avril.
Il y avait, comme d'habitude, un duo avec Marie
(que nous avions d'ailleurs aussi dansé dans le "résumé").
Marie dansait aussi un solo, basé sur "la jeune fille à la perle" de Vermeer.
Elle ne l'avait plus dansé depuis 2007
(entre temps, il y a la petite Juliette qui est née).
C'était un décor entièrement démontable qui trône dans mon bureau depuis, en autant de bouts de bois qu'il faut pour faire tenir les fenêtres qui, elles, sont restées à l'entrée.
Ludo avec conçu tout ça tel un meuble Ikea avec des trous A1 qui devaient correspondre au montant A3, fixés avec la vis A et l'écrou a ...
et comme tout meuble Ikea, on a chaque fois perdu un temps fou à comprendre comment ça marchait ...
Sa façon de bouger est tellement proche de la mienne que j'ai décidé de créer avec elle un solo autour d'un tableau de John Waterhouse, la Sirène, à partir de ce qu'elle fait dans la création parente de "notre Sisyphe".
La première fut balayée bien rapidement avec la bonne surprise que nous a réservé l'équipe du théâtre :
ils ont réussi à gagner un mètre de profondeur par rapport à la scène de l'an dernier.
Un peu plus d'espace pour nous
(même si on s'est encore un peu senti à l'étroit par moment)
Avec deux mètres de plus en ouverture et profondeur, on pouvait y jouer Sisyphe et tous mes soucis d'avenir sur ce projet s'évanouissaient ...
cette pièce est vraiment basée sur l'intéraction avec les gens.
Avec les enfants (qui ont été la base du public à Franconville)
on jouait sur du velours, certaines fois nous n'avions pu danser que trois tableaux
(donc moins d'un quart d'heure) sur leur visite.
Là, cela allait surtout être des adultes.
Si personne ne posait de questions, le spectacle serait très court ...
De ce côté là, plus de peur que de mal, dès le premier soir, nous avons des questions - et très intéressantes - sur la création, l'interprétation, la scénographie, ce qui nous a permis d'arriver au bar pour le traditionnel verre d'après spectacle une bonne heure et demie après l'entrée des spectateurs.
Le deuxième soir, le vendredi, moins de monde dans la salle, mais encore plus de discussions.
L'interprétation de la sirène de Waterhouse a été suivie d'une demi heure d'échanges autant sur la danse que le tableau lui même.
Le samedi a été encore différent mais tout aussi intéressant ce qui fait que j'ai attaqué la dernière représentation du dimanche confiant sans imaginer ce à quoi j'allais être confronté :
des gens qui avaient plus envie de dire ce qu'ils connaissaient des peintres que de parler création chorégraphique ...
Alors que les trois premiers soirs, je pouvais dérouler sans arrêt la biographie des peintres et lancer la discussion après chaque danse, ce dimanche, j'ai été interrompu à chaque fois que je présentais les tableaux alors qu'après les danses il n'y avait aucune discussion portant sur ce qu'on venait de faire.
Après coup, cela m'a rappelé ce qu'on dit pour les spectacles comiques : ne jamais s'attendre à ce qu'un public rit au même endroit que la veille.
C'est vrai que les premiers jours, je m'étais à peu près préparé à tout mais là, je n'ai rien vu venir ...
De plus, ce jour-là, nous avions envisagé de filmer mais il y avait un photographe (celui qui a pris les photos que vous voyez là) et le point rouge qui apparaît pour éviter les yeux rouges quand on fait des photos au flash a quelque peu endommagé la qualité de la vidéo :
certains débuts avec une lumière crue sont devenus .. rouges,
la sirène qui baignait dans le bleu a aussi eu ça et là (mais aussi là et puis encore là) des points tout aussi rouges ...
Le fabuleux travail de Fred a quelque peu été altéré ..
mais bon
il nous reste les photos ..
Si Fred avait réussi à nous rejoindre, il y avait un grand manquant : Sylvain, qui était là bas loin à Paris.
Et ça n'est jamais vraiment pareil sans lui ...
La semaine qui a suivi notre rencontre, j'ai reçu ce mail :
"bonsoir!
Vous étiez très entouré samedi, je n'ai pas osé vous aborder...
Juste pour vous dire que j'ai vraiment aimé votre mise en scène, la confrontation des différents arts, l'originalité de l'interactivité. Les tableaux étaient très différents mais vous avez un style qui donne unité et cohérence à l'ensemble. J'ai trouvé intéressant aussi de voir les différentes interprétations pour un même tableau.
La seule chose frustrante, finalement, c'est que suite à vos explications après les passages dansés, il faudrait revoir les chorégraphies parce que je suis sûre d'avoir raté beaucoup de choses!...
Merci en tout cas de provoquer émotion et reflexion..."
Ce soir-là, il n'y avait ni critiques,
ni programmateurs dans la salle,
mais ce message vaut presque tous les bons papiers du monde.










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