En 2011,

Je suis sélectionné au Young International Choreographer Project,

événement créé par la World Dance Alliance-Asian Pacific

sous l’égide de l’UNESCO.
Avec sept autres chorégraphes originaires des quatre coins du globe,

je crée une pièce en trois semaines pour des danseurs taïwanais.

La découverte de cette île, volcanique,régulièrement secouée par des tremblements de terre et balayée par des typhons et par certains aspects en éternelle reconstruction, me rappelle le mythe de Sisyphe.


La mythologie chinoise a aussi son Sisyphe : Wu Gang.

Une sorte de cousin germain asiatique qui lui fut condamné à couper un arbre

qui repousse éternellement.


Il m'est venu en tête, l'idée d'un projet itératif,

une chorégraphie dansée trois fois sur trois musiques différentes.



http://c2a.7eme.trimestre.free.fr/sisyphe.html


mercredi 7 novembre 2012

un mois après



La rentrée en Europe ...
Le retour à la vie "quotidienne"
Lucas




Voilà donc un mois que j'ai remis les pieds sur le sol européen.
Une rentrée bien difficile.
Déjà parce que le voyage a été moins tranquille que les autres fois : j'ai transité par la Chine, à Xiamen.
Cet aéroport n'est pas équipé pour les transits.
Cela a impliqué la récupération des bagages, un double contrôle de passeport, un triple remplissage des fiches d'immigration .. et la disparition du joli briquet recouvert d'ambre que j'avais acheté à Vilnius.
Il aura fait tout ce chemin à travers le monde pour se retrouver dans la poche d'un contrôleur de la sécurité chinoise.

L'arrivée à Amsterdam a été plus douloureuse aussi :
l'agent de la police de l'air et des frontières n'arrivait pas à savoir si mon passeport m'appartenait, il a d'abord commencé à me parler en français et comme j'ai entamé la conversation et qu'il ne suivait plus, il a continué à me scruter désespérément jusqu'à finir par me demander "Is that you ?"
Qu'est-ce que je pouvais répondre à ça ?
Non ça n'est pas moi sur la photo mais je veux rentrer clandestinement en Europe c'est pour ça que j'ai un billet d'avion aller retour Amsterdam - Taiwan - Amsterdam qui transitait par la Chine …
Bref, je me suis retrouvé à attendre au bureau de police qu'un deuxième contrôle soit fait par un autre service plus compétent …
Et puis, il y a eu le TGV à Paris où les gens te bousculent pour rentrer dans le wagon même si tu as 25kg sur le dos …
Et cette contrôleuse qui me dit de me calmer, qu'on rentrerait tous alors que je n'étais aps énervé et que j'étais presque le seul à rester dehors …
Où sont les files ordonnées des gens qui attendent pour entrer dans le métro, dans les trains ? …
Et nous sommes sensés être dans les pays qui frôlent le summum de la civilisation ?
Moi qui avait quitté Kaohsiung à 5h du matin avec Chien-Chih, qui s'était réveillé spécialement pour me dire au revoir sous une lune pleine et fière du week-end que les humains avaient passé à la célébrer, le retour en Europe manquait cruellement d'humanité et de poésie.


Heureusement, il faisait beau en arrivant à Marseille.
Mon appartement n'a pas bougé.
Pas de porte éventrée cette fois.


Il est presque 17h, mon premier cours est dans 3h.
Ca ne va pas être simple.

Reprendre ses marques, retrouver un certain plaisir à vivre dans cette ville au verbe haut, à la saleté débordante, à l'organisation … si éloignée du monde asiatique dans lequel j'ai baigné pendant ces six semaines.

Essayer d'oublier, enfin, de mettre de côté, ce que j'ai laissé là bas, tout en ayant à le raconter à tous et tout le temps.

Et puis revenir au quotidien.
Parler aux commerçants, aux copains, aux amis.
Ne plus avoir la larme à l'oeil en écoutant une musique composée là bas.
Ne plus avoir envie d'aider tous les asiatiques que je croise (surtout qu'en général ils ne me demandent rien)

Le quotidien c'est aussi répondre à des questions que je ne me posais plus ces derniers temps

Où répéter ?
Le Pavillon noir m'a donné son aval et son planning, le Pôle Pik à Lyon m'accueillera aussi en février (c'est loin, on a le temps), pas de nouvelles de KLAP hélas ..
Je ne répèterai donc pas à Marseille ces mois-ci.

Qui vient aux cours ?
Relancer la machine, rappeler les élèves qui n'ont pas encore repris, calmer la directrice de l'école qui s'affole parce que les cours ne sont pas encore remplis.
Organiser les stages, voir ce qui reste une fois calés les stages déjà prévus, les réunions de la Fédération Française de Danse et les rendez-vous mensuels en Suisse.
Acheter les billets (toujours sans carte bleue) pour tous ces voyages et trouver quand même les moyens d'obtenir de bons prix pour mes employeurs.

Qui est au courant de tout ce que j'ai fait ?
Se remettre à communiquer.
Dire, redire que je suis revenu, que je suis bel et bien actif ici aussi, que non, je ne vais pas m'installer dans un futur proche à Taïwan et qu'au contraire, ma prochaine idée serait de les faire venir eux, ici.

Ma vie ici, quoi ...

Pour en revenir à Sisyphe, je transfère tout ce que j'ai fait (films, musiques, notes sur la chorégraphie) sur l'ordinateur de la maison.
Je réécoute les trente minutes depuis la maison, il y a encore des petites modifications à faire.
Il va falloir que je m'attaque à la construction du duo et surtout des danses finales (notamment le quintette qui ramènera au début .. où je suis seul)
J'ai une journée au Pavillon Noir avant les vacances de Toussaint, ce sera l'occasion de faire le point.

Ce trimestre est aussi celui des subventions.
Je rattrape in extremis, le dépôt de celui de la ville de Marseille (il va falloir que je transfère sur l'ordinateur portable tous les éléments administratifs qui me permettraient de faire ce genre de dossier seul … l'amie bénévole qui m'aide n'est .. que bénévole et ça n'a pas été du tout dans ses priorités cette année).
Je récupère les dossiers des autres institutions et notamment la demande que le Bureau Français de Taipei me propose de faire.
On verra bien.

Je reste encore bien attaché à ce que j'ai vécu là bas, aux gens que j'y ai rencontré.
Nous restons un peu en contact par facebook mais ça n'est plus pareil.
Comme me disait un ami professeur de lettres aux Etats-Unis, je ne suis qu'un professeur dans leur vie, au mieux un chorégraphe avec lesquels ils ont vécu quelque chose de fort, je ne suis pas un ami.

Il y a eu tout de même ces petites choses qui m'ont rattaché à ce monde au loin :
le couple Kudo, enseignants et danseurs classiques japonais avec lequel j'ai animé un stage en Belgique ...
Le Japon, ça n'a pas vraiment la même chose ...
Mais j'ai retrouvé une certaine retenue, les conversations courtoises, les silences possibles dans les discussions, le plaisir de découvrir l'autre ...


Et puis il y a eu la visite de Lucas, Hsin Yu de son vrai nom.
Ceux qui ont suivi toute l'histoire s'en souviendront peut-être, il m'avait assisté lors d'une répétition à Kaohsiung avant de s'envoler pour l'Europe entamer la tournée de Käfig (cf.les soldats du vent)
On s'était dit qu'on se reverrait quand il serait en tournée dans le sud de la France et, non sans mal vu nos emplois du temps respectifs, nous avons réussi à passer une journée ensemble.
J'ai fait de mon mieux pour lui faire découvrir la Marseille que j'aime, ayant en tête la qualité de l'accueil que j'ai eu là-bas, (je l'ai bien sûr invité au restaurant comme il se doit).
Je ne compte plus le nombre de fois où il a dit merci.
D'ailleurs, au bout d'un moment, je lui ai interdit de le faire ...
Mais comme c'était plus fort que lui, il faisait discrètement un signe de la tête en rejoignant ses mains.

Il a traversé une grande partie du pays avec cette soif de découvrir et de partager.
Il continue sa découverte par la Belgique et songe déjà à aller ailleurs lors de la deuxième partie de la tournée européenne dans les mois à venir.
Nous avons parlé de la Finlande, de l'Islande ..
Je lui ai dit que s'il allait là haut, je le mettrai en contact avec mes amis.
Ce serait marrant que tous ces gens qui me connaissent se rencontrent .. 
si loin au nord.

L'automne est là.
Il fait plus froid.
Le soleil est encore souvent de mise dans le sud.
Ailleurs, il pleut mais ça n'a rien à voir avec la pluie de Taipei.

1 commentaire:

  1. qu'elle expèrience, c'est beau tous cela même si ça fait mal. Je te souhaite de rebondir ici aussi et d'aborder l'hivers qui arrive avec énergie et soleil ds le coeur. Je t'embrasse
    sophie

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