En 2011,

Je suis sélectionné au Young International Choreographer Project,

événement créé par la World Dance Alliance-Asian Pacific

sous l’égide de l’UNESCO.
Avec sept autres chorégraphes originaires des quatre coins du globe,

je crée une pièce en trois semaines pour des danseurs taïwanais.

La découverte de cette île, volcanique,régulièrement secouée par des tremblements de terre et balayée par des typhons et par certains aspects en éternelle reconstruction, me rappelle le mythe de Sisyphe.


La mythologie chinoise a aussi son Sisyphe : Wu Gang.

Une sorte de cousin germain asiatique qui lui fut condamné à couper un arbre

qui repousse éternellement.


Il m'est venu en tête, l'idée d'un projet itératif,

une chorégraphie dansée trois fois sur trois musiques différentes.



http://c2a.7eme.trimestre.free.fr/sisyphe.html


vendredi 21 décembre 2012

Sophie


La nouvelle recrue ...
Une autre artiste ...
Une touche plus contemporaine ...


Je vous ai déjà parlé de Sophie à plusieurs reprises.
Elle faisait partie de "En correspondance(S)" (cf. en correspondances au Pavillon noir ) un projet parallèle à ma création solo de 2010, un peu comme "les soldats du vents" et "ces filles entre la terre et l'eau" le sont pour "notre Sisyphe".
J'étais allé faire un stage dans son studio au printemps dernier et outre le fait que j'y aie oublié mon ordinateur et le câble qui va avec, j'avais, pour l'occasion, composé une musique qui a été la base de celle créée pour "les soldats du vent".

pour écouter (ou réécouter) la musique, c'est ici ...

Sophie a été une danseuse classique de très bon niveau qui a subi de plein fouet le choc d'une danse contemporaine qui prend aux tripes par le biais notamment d'un certain Ramon Oller, chorégraphe catalan.
Elle avait mis un peu de côté ces aspects là de la danse pour se plonger corps et âmes dans la danse flamenco.
L'Espagne, encore.
Sophie est tournée vers le monde ibérique.
Elle passe une bonne partie de l'année en Espagne dont son compagnon est originaire.



Ces temps-ci, elle renoue avec une certaine danse contemporaine tout en continuant d'évoluer dans le milieu flamenco. 
Elle m'avait beaucoup impressionnée dans le projet "En correspondance(S)" par sa modestie, sa maturité et l'énergie qu'elle mettait à concrétiser ses projets.

Elle m'avait dit très souvent son plaisir de travailler avec moi et son envie de développer des projets ensemble.
Je me suis dit que "notre Sisyphe" pouvait en faire partie..



Sophie a déjà plein de points communs avec chacun d'entre nous.
Son engagement total dans les projets dans la mesure de ses disponibilités me rappelle Marie.
Elle partage avec Élise son attirance par les pays hispanophones et le fait d'être proche de musiciens.
Comme Magali, elle a fait de la danse classique jusqu'à un haut niveau.
Avec moi, c'est un parcours similaire dans une période de notre vie (à quelques années de décalage), 

des chocs similaires (la rencontre avec Ramon Oller), 
des séparations similaires (avec Ramon encore mais aussi avec Josette Baïz pour laquelle elle a été assistante juste après mon départ forcé).
Nous partageons aussi le plaisir triple de danser, d'enseigner et de créer.




La voilà donc lancée dans la galère c2a ...

On se retrouve un vendredi.
Elle me ramène le câble de mon ordinateur (comme je vous l'avais raconté dans l'article , j'en avais un autre)
Ses cheveux ont poussé.
Elle a des mèches blondes.
Cette semaine là, j'avais vu Magali le lundi, les filles "entre la terre et l'eau" le mercredi et Marie le jeudi (si vous ne voyez pas de quoi je parle, c'est que vous lisez le blog pour la première fois ...)

Comme avec Magali, on déchiffre d'abord la partition au sol.
Et comme Magali, elle va trop vite au début.
Mais sa musicalité la sauve, elle se cale lentement mais sûrement et on peut travailler les formes et les états pour que ça corresponde à ce que je cherche.
C'est étonnant de voir que comme elle n'a pas encore tout à fait ma manière de bouger, elle danse de manière plus contemporaine (il y a toujours un relent de jazz dans ce que je fais).
C'est une autre sensualité qui apparaît.

Une fois de plus ce sont les interprètes qui m'emmènent ailleurs ..
Et j'aime ça.

Je lui propose aussi de faire ce que Magali a fait quand elle a créé le solo dont je me sers : créer une danse qui serait celle que j'aurais fait pour elle.
Moi à travers elle ...
Elle se lance sans hésiter.
Je reconnais des choses dansées dans "En correspondance(S)" mais vécues autrement, ces accents qu'elle seule dans le groupe fait, des éléments de la danse de 7 temps au sol que j'avais composé quelques semaines plus tôt, d'autres éléments mixés façon Sophie et aussi des "spirales" qui visiblement (vu que Magali aussi s'en est servi) font vraiment partie de ma marque de fabrique.
Je la lance dans la transition entre trio et quatuor.
Un moment suspendu entre le réveil des filles et celui où elles vont perturber ma danse des 7 temps (vous ne comprenez pas ? c'est normal, ça n'est clair que dans ma tête pour l'instant ... on attaquera ça en janvier)
Il y a des coïncidences musicales assez magiques, des élans que j'aime, des accents que j'attendais et que j'ai.
C'est un peu brut, pas encore totalement maîtrisé mais ça va être bien je le sens.



Après un break de deux semaines, On s'est revu le dernier vendredi.
Le matin, juste tous les deux et l'après midi avec Magali et Élise (la vidéo est en bas de l'article sur les dernières semaines au Pavillon noir ).
La première fois qu'elle reprend le travail au sol, je regrette de ne pas avoir une caméra derrière mon épaule : je suis assis sur une chaise, l'ordinateur sur les genoux. Je lance la vidéo faite quinze jours plus tôt pendant que Sophie danse à nouveau ce qu'elle a appris à la première répétition.
Elle a eu pas mal de boulot et n'a pu vraiment la travailler , et pourtant ...
Elle reproduit, à l'identique,
et dans les mouvements et dans le rythme,
sur cette musique sans pulsation,
la danse qu'elle a fait quinze jours avant.
J'ai l'impression d'avoir une caméra qui filme en temps réel sur les genoux alors que c'est bel et bien la vidéo d'il y a quinze jours que je vois et Sophie qui danse.

Quant à son solo à ma façon, j'avais décidé de le couper en deux et de garder la dernière partie qui est entièrement au sol pour le début du quintette.
L'après midi, on tente en fin de journée, une simultanéité avec Élise à qui j'avais fait la même commande d'une danse à ma façon, mais entièrement au sol.
Leur fin est presque la même ..
Même mouvement, mais en miroir.
Élise me dit "et si on finissait tout près ?"
On tente.
Elles se rejoignent, font ce dernier mouvement face à face et s'arrêtent assises dans une diagonale.
Exactement comme ...
l'improvisation du groupe dancecology, deux mois et demi plus tôt, à 10 000 km de là.




Nous sommes tous connectés,
par le mouvement.


1 commentaire:

  1. Merci Claude, tu es la personne tant attendu, (pleins de talents et de générosité, avec une humilité à laquelle je dis, ole!!!)
    depuis mes débuts dans la danse, il y a maintenant un certain nombre d'années, cet artiste, danseur, chorégraphe qui a su voir, qui a eu envie, de me laisser entrer dans son monde, sur sa scène, auprès des siens
    ( artistes), ensemble pour transmettre l'amour de l'art et de la danse!
    J'ai encore besoin et je t'avais demandé un retour de ta part me concernant comme danseuse... il y a de ça presque un an, je ne savais pas encore qu'il y aurait une suite dans notre rencontre artistique.
    Aujourd'hui je l'ai et bien plus encore, merci pour ce témoignage, cette analyse, cet intéret pour l'autre!
    Je suis la plus heureuse de participer à ta nouvelle création"Sisyphe", la plus heureuse de connaitre et partager cette expèrience avec ces magnifiques danseuses, j'ai l'impression d'entrer dans une famille.
    Je suis très touchée, réconciliée avec la vie, honorée, et une grande envie de danser!!!

    a très bientôt Maestro!
    sophie barberan

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